Photographier des gens, ce n'est pas les prendre. C'est essayer de les comprendre. Voici la démarche qui guide mon travail, faite de patience, d'immersion et d'une certaine idée du temps.
Vivre comme eux pour les comprendre
Ma méthode tient en une conviction : pour photographier un mode de vie, il faut le vivre. Quand j'arrive quelque part, je vis exactement comme les gens que je photographie. Je mange où ils mangent, je marche à leur rythme, je m'assois où ils s'assoient.
C'est la meilleure manière de les comprendre, et donc de les photographier avec justesse plutôt qu'en touriste. Quand je peux, je discute. La photographie vient après la rencontre, pas avant.
Chercher l'intemporel
Je fuis les marqueurs de temps dans mes images. Mon rêve serait qu'on ne sache pas si une photo date des années 60 ou d'aujourd'hui. J'aime l'idée qu'un mode de vie traverse les décennies sans changer. En Sicile, je retrouve exactement ça : une manière d'habiter le temps qui semble immuable. C'est ce que je cherche à saisir, ce fil continu entre hier et maintenant.
Le tri, l'épreuve du temps
Une chose que j'ai apprise : les photos qui me paraissaient extraordinaires sur le moment me semblent souvent nulles avec le recul. Sauf quelques-unes. Et ce sont celles-là qui restent. Le temps est le meilleur éditeur. Une image doit survivre à l'enthousiasme du déclenchement pour mériter d'exister.
Mon prochain défi : m'approcher
Je dois être honnête sur ma limite actuelle : je n'ose pas encore m'approcher assez près de mes sujets. C'est mon objectif prochain. Les plus grands photographes humanistes sont dans la scène, pas devant. Réduire cette distance, oser la proximité, c'est le chemin que je me trace pour la suite.