On me demande souvent quel appareil utiliser pour la photographie de rue, et quel boîtier j'ai choisi. Je photographie depuis dix ans, dont cinq avec un Fujifilm X-T4, dans les rues de Sicile, de Turin, du Vietnam. Voici l'histoire de ce choix. Ce n'est pas une fiche technique, c'est un parcours.
Un boîtier hérité d'une inspiration
Mon choix du X-T4 n'a rien d'un calcul de spécifications. Il vient d'un photographe que j'admire : Patrick Chauvel, reporter de guerre, qui travaillait au Fujifilm X-T3. Je n'ai jamais eu les moyens de m'offrir ce boîtier. Alors quand le X-T4 est sorti, j'ai mis toutes mes économies dedans.
Le jour où je l'ai eu entre les mains, j'ai halluciné. Ce n'était pas qu'un appareil, c'était une porte vers une manière de voir, celle des photographes que je regardais depuis des années. On choisit rarement un boîtier pour ses chiffres. On le choisit pour ce qu'il représente et ce qu'il nous autorise à devenir.
Ce qui compte vraiment dans la rue
En photographie de rue, le boîtier n'est presque jamais le problème. Le problème, c'est d'être au bon endroit, d'oser lever l'appareil, de déclencher au bon dixième de seconde. J'ai raté des images que je croyais être celles du siècle : une fois parce que la gaine de ma dragonne avait glissé devant l'objectif sans que je le voie, une autre parce que je n'ai tout simplement pas osé prendre la scène.
Aucune fiche technique ne corrige ça. La présence, le culot, la lecture de la lumière : voilà ce qui fait une photo de rue. Le matériel vient loin derrière.
La leçon des 6 mégapixels
Voici l'anecdote la plus humble, et la plus utile, de mes dix ans de pratique. Je suis autodidacte, formé aux vidéos en ligne. Pendant dix ans, sans le savoir, j'ai photographié en qualité « S », soit environ 6 mégapixels au lieu des 26 que mon capteur pouvait produire. Je ne l'ai découvert que cet été, en changeant enfin le réglage sur « L ».
Dix ans d'images en basse résolution, à cause d'un simple paramètre que je ne connaissais pas. La leçon est double : d'abord, personne ne naît en sachant tout, et l'important est de continuer à apprendre ; ensuite, avant de rêver d'un boîtier à 40 mégapixels, assurez-vous d'exploiter vraiment ceux que vous avez déjà. La technique ne remplace jamais le regard, mais connaître son appareil, ça, c'est non négociable.
Connaître son boîtier par cœur
Ma manière de travailler la couleur illustre pourquoi il faut connaître son appareil sur le bout des doigts. Avant chaque voyage, je passe plusieurs jours à imaginer quelle teinte va dominer, quelle ambiance je vais chercher. Puis j'arrive sur place, et la réalité est toujours différente, plus intense que prévu. Je suis subjugué, et je dois faire des réglages d'urgence, sur le vif.
C'est là que tout se joue : si vous ne connaissez pas votre boîtier parfaitement, vous ratez l'instant. La photo ne se force pas, elle se déclenche d'un coup. Il faut être prêt.
Alors, quel Fujifilm pour la street ?
Ma réponse tient en une phrase : le meilleur boîtier est celui que vous connaissez par cœur et que vous emportez partout. Le X-T4 est le mien, pour son gabarit, ses molettes, sa discrétion, et parce qu'il porte une histoire qui est la mienne.
Mais si vous hésitez encore sur le matériel, c'est peut-être que vous n'êtes pas au bon endroit. Déplacez-vous. Sortez. Marchez. Et quand quelque chose vous subjugue, vous serez là, et vous déclencherez. C'est ça, la photographie de rue.